L'Islande trek en 4 jours - Le lieu

De Porsmörk à Landmannalaugar : récit d’un trek en Islande

Après 13 jours de Road-trip à travers toute l’Islande, il nous était impensable de quitter cette terre de feu et de glace, sans faire l’un de ses plus beaux treks, réalisant ainsi un de nos rêves de voyage. Ici, je vous embarque avec moi dans le récit de cette incroyable aventure sur le Laugavegur Trek.

J’éteins la sonnerie du réveil. Il est 7h. Le lit cosy et moelleux de notre chambre d’Hôtel, a été d’un réconfort absolu. Après nos 13 derniers jours à dormir dans notre camper truck où il faisait seulement quelques degrés de plus que la température extérieure, ces quelques heures de repos au chaud, nous ont requinqués.

Le bus pour Þórsmörk décolle à 8h. Pour ne pas être pris par le temps, nous avons mis le reste de nos affaires dans une consigne à la station de Bus BSI à Reykjavik, la veille au soir. Un peu stressant de devoir y laisser l’ordinateur et la GoPro, mais nous n’avons pas le choix. Faisant ce trek en totale autonomie, le poids de nos sacs est déjà bien assez conséquent. Il est temps de se préparer, nous savourons notre dernière douche chaude avant la prochaine, qui, si tout se passe bien, aura lieu dans 4 jours et avalons un petit déjeuner bien copieux, qui sera bientôt remplacé par les repas lyophilisés que nous avons prévu pour l’aventure. Le bus décolle à l’heure. Après un changement à Hella, nous montons à bord d’un bus 4×4 rehaussé. Le voyage est mouvementé et parsemé d’obstacles et de passages à gué hallucinants. La conductrice est impressionnante de par sa dextérité à maîtriser ce monstre sur roues. Nous atteignons notre point de départ 4 heures plus tard, dans le parc national de Thórsmörk .

Sommaire

Jour 1 - Trek Du Landmannalaugar : De Þórsmörk À Emstrur

“LA DOULEUR EN EST QUASI INSUPPORTABLE. NOUS EN AURONS ENCORE 2 AUTRES À TRAVERSER”.

Ça y est, nous y sommes. Impossible de faire demi-tour. Le bus nous dépose devant un Refuge, il est midi, on ne traîne pas. Nous remplissons les gourdes d’eau et chargeons les sacs sur le dos. Les sacs sont lourds (entre 13 et 15 kg environ) nous savons d’avance que cela va être costaud. Notre objectif du jour, atteindre Emstrur à 15 km au nord. On enclenche le pas. Mais dès le début du parcours, mon talon d’Achille se fait sentir. Une semaine avant, une douleur brutale est survenue sans aucune raison lors de l’approche du glacier Sólheimajökull.

 Mes chaussures de marche me faisaient pression sur le tendon d’Achille et la seule façon de faire céder la douleur était de marcher pieds nus ou avec mes chaussures d’eau. Comme il était hors de question d’abandonner le trek, j’ai mis mon pied au repos en ne portant que ces sortes d’espadrille en caoutchouc. Je m’étais même dit que si cela ne s’améliore pas que je le ferai en chaussure d’eau et que je pourrai peut être entrer dans le Guinness des records. Par chance et comme les choses n’arrivent parfois pas par hasard, à 12h du départ j’ai pu m’acheter une paire de Scarpa, confortable et qui ne me blessait pas. 

Il y a 3 ans, la même chose s’était produite avant de faire notre trek dans Mafate. Mais cette fois-ci, j’ai dû abandonner mes vieilles Northface à l’hôtel. J’ai dû mal à me séparer de ces petites choses qui m’ont accompagné lors de mes aventures.

Arrivés au refuge, on ne traîne pas. Nous remplissons les gourdes d’eau et chargeons les sacs sur le dos. Les sacs sont lourds, très lourds (entre 13 et 15 kg environ) nous savons d’avance que cela va être costaud. Le parcours commence dans une forêt. Nous arrivons rapidement à un premier passage à gué. L’eau est grise et laiteuse, venant tout droit des glaciers. La traverser en est douloureuse. Le froid glacial est tellement saisissant, qu’une sensation de brûlure s’installe brutalement pour ensuite laisser place à un engourdissement et à une anesthésie totale. La douleur en est quasi insupportable. On en aura encore 2 autres à traverser. La marche évolue dans un cadre verdoyant, alternant montées et descentes. Ma douleur de talon évolue également en dent de scie. Mon partenaire s’inquietant constamment de connaître mon Eva. Tantôt 4/10, tantôt 8/10. A mi parcours, il me propose même de faire marche arrière, mais il est hors de question d’abandonner. Ce ne sera pas facile, je le sais, mais je le finirai ce trek quoi qu’il arrive. Alors nous poursuivons. Il est 19h lorsque nous arrivons à emstrur. Initialement nous avions prévu de faire du camping sauvage, mais après notre Roadtrip et nos différentes rencontres avec les rangers et personnes travaillant pour les réservés naturelles, nous nous sentions mal de le faire. L’écosystème et la flore de l’islande est très fragile, plus que ce que nous ne pensions. Alors pour respecter l’environnement nous poserons donc notre campement au camp de base de chaque étape. Ce sera également le moment de vérité, car non, nous n’avons pas vérifié notre matos avant de partir. Du style, nous n’avons pas regardé si les fishs étaient fournies avec la tente, si la bombonne de gaz s’adaptait au brûleur…. Par chance tout est nickel. Hyper facile et rapide à monter.

 

Jour 2 - Trek Du Landmannalaugar : D’Emstrur (Botnar) À Álftavatn

“AU LOIN, EN CONTREBAS, L’IMMENSE LAC DE MONTAGNE SE DESSINE, AINSI QUE DE MINUSCULES TÂCHES ROUGES, LE CAMP EST MAINTENANT VISIBLE”.

Réveil courbaturé. La machine est un peu longue à se mettre en marche. Le commencement d’un petit rituel qui se met en place. S’habiller, faire chauffer l’eau, prendre des forces, ranger nos sacs, faire en sorte que le repas du midi, les affaires de pluie et les chaussures d’eau soient facilement accessibles. Remballer le duvet, le matelas et la tente. Se badigeonner de crème solaire, hisser le sac de rando sur nos épaules endolories et enclencher le pas. 16 km nous attendent aujourd’hui. Quasiment que de la plaine. Un désert de sable noir bordé de montagnes vertes.

Le temps est avec nous. Un grand ciel bleu. Le soleil. Un vent frais et stimulant. Il nous faudra tout de même traverser un passage à gué terrible et passer un col étroit et instable pour atteindre notre 2ème camp de base près du lac Apavatn. Le col franchi, nous basculons de l’autre côté de la vallée, où le vent se fait plus fort et plus froid. Au loin, en contrebas, l’immense lac de montagne se dessine, ainsi que de minuscules tâches rouges, le camp est maintenant visible. Il restera tout de même une heure de marche, où nous serons malmenés par les rafales de vent. Le montage de tente s’avérera périlleux. Il nous aura fallu marcher 6h pour atteindre le lac. 

On se presse de monter la tente, de se ravitailler en eau et de profiter du seul bar des Highlands. On y commande 2 vikings, bières locales. On y rencontre d’autres randonneurs à la recherche d’un peu de chaleur et d’un remontant. Un moment fort sympa à échanger avec des personnes de tous horizons et de différentes nationalités. Difficile de quitter la chaleur du refuge, mais nous devons encore manger. Ici on perd facilement la notion du temps du fait qu’il fasse jour constamment alors nous vivons à notre rythme. 

Nous ne sommes pas pressés par la tombée de la nuit ou le lever du soleil. Nous pouvons effectuer nos étapes à n’importe quelle heure de la journée et de la nuit. Ce qui nous a même permis de faire le tour du cadran cette nuit-là.

Jour 3 - Trek Du Landmannalaugar : D’Álftavatn À Hrafntinnusker

“L'ASCENSION EST RAIDE ET INSTABLE, POUSSIÈRE ET GRAVIERS RECOUVRENT LE SOL. J’ENVISAGE LA CHUTE À CHAQUE PAS.”

Le froid et l’humidité m’ont réveillé à quelques reprises. Le réveil est difficile. Nos corps sont douloureux ce matin. Mon visage est gonflé et je saigne du nez. Jusqu’à présent je n’avais pas pris d’antalgique pour éviter de solliciter ma cheville plus qu’elle ne pouvait le supporter. En me focalisant sur ma douleur selon mes appuis, je pouvais adapter mes mouvements et compenser sur mes bras grâce aux bâtons de randonnée. Cette technique a permis de diminuer mon échelle de douleur à 1/10 voir 0. Mais aujourd’hui, nos corps ont besoin d’un coup de pouce pour l’étape la plus difficile du parcours. 5h30 de dénivelé positif. Par chance, le début du sentier est facile et permet d’échauffer nos corps usés et raides.

Le paysage a un petit air des Alpes françaises, vert et fleuri. L’échauffement est de courte durée. Après un petit passage à gué, le sentier prend de la hauteur et se perd derrière les montagnes. Une longue et interminable montée se dresse devant nous. L’ascension est raide et instable, poussière et graviers recouvrent le sol. J’envisage la chute à chaque pas, alors le temps n’a plus d’importance et j’appréhende chaque avancée de la façon la plus délicate possible. Je marque régulièrement des pauses, me retournant pour constater notre élévation et contempler le panorama , une sensation de vertige m’envahit alors progressivement. L’arrivée au sommet est un soulagement, je peux enfin laisser retomber la tension et profiter de cette vue absolument incroyable. Le chemin parcouru depuis notre dernier camp de base au abord du lac, prend instantanément de la grandeur. Ce lac impressionnant de 13 km 2 n’a plus l’air que d’une ridicule flaque au milieu de ce décor gigantesque. 

Nous marquons une pause et nous nous imprégnons de la beauté de ce paysage, essayant ainsi d’en graver chaque détail dans notre mémoire, avant de nous diriger vers un tout autre univers. Laissant alors derrière nous les déserts de sable noir et ses monts recouverts de mousses vertes fluorescentes, pour une succession de monts et vallons, dans un dégradé de pastels allant du beige à l’ocre, parsemées de couvertures blanches. Un air de Kerlingarfjöll. Je ne pensais pas revoir ses nuances si particulières, qui avaient créé chez moi beaucoup d’émotions. Nous nous engouffrons dans ce monde imaginaire où le volcanisme refait surface. Des fumerolles s’échappent discrètement du fond de la vallée, l’odeur de souffre commence à nous chatouiller le nez et des zones géothermiques apparaissent aux abords du sentier. Le trek prendra rapidement des airs d’expédition nordique et nous devrons traverser de longues langues et ponts de neige. Nous apercevons au loin les toits rouges du refuge et sa terre noire scintillant d’éclats de lumière. Intrigués par ces faisceaux, nous avons hâte d‘arriver. 

A vol d’oiseaux seulement quelques kilomètres nous séparent de notre point d’arrivée, mais la succession de collines à franchir, faisant penser à des montagnes russes rallongent considérablement notre parcours. Nous prendrons néanmoins le temps de profiter de ce paysage hors du commun. Arrivés au camp de base, nous découvrons enfin, stupéfaits, l’origine des scintillements. Un champ de roches d’obsidienne recouvre le sol et reflètent ainsi les rayons du soleil. C’est fascinant. Des zones circulaires délimitées par des murets de ces roches noires nous sont offertes pour installer notre campement et nous protéger du vent glacial. Il fait froid, à peine quelques degrés, et la météo se dégrade légèrement. La gardienne du lieu nous conseille de continuer notre chemin jusqu’au refuge suivant à 12km, car il annonce de la grisaille et de la pluie pour le lendemain. Mais ma cheville est œdématiée et douloureuse. Ce que je redoutais, se produisit. Ne ressentant plus la douleur grâce aux antalgiques, j’ai dépassé les limites et l’inflammation s’est accentuée. On restera là ce soir. Nous organisons et préparons notre paquetage pour affronter la pluie du lendemain.

Jour 4 - Trek Du Landmannalaugar : D’Hrafntinnusker À Landmannalaugar

“LA FRUSTRATION M’ENVAHIT. MAIS LA DÉCEPTION EST DE COURTE DURÉE ET EST VITE ÉVINCÉE À LA VUE DE LA SOURCE CHAUDE.“

5h45 le réveil sonne. Bien trop tôt d’ailleurs, mais nous espérons éviter la pluie pour remballer notre campement. Initialement, Denis voulait partir à 3h. Il a essayé de me réveiller mais impossible pour moi d’ouvrir les yeux et de sortir la tête de mon sac de couchage. Je me suis d’ailleurs enfoncée un peu plus dans mon duvet et me suis mise instantanément sur off. Je n’ai pas eu froid cette nuit malgré les températures proches de zéro. 

On essaie de s’activer, il ne pleut pas encore. Mais mettre mes vêtements froids m’est trop difficile. Je les fourre au fond de mon duvet pour les réchauffer et finis par les enfiler directement dans mon sac de couchage. Rhoo comme il est difficile ce réveil. Je n’arrive pas à en sortir. Le froid me glace. Pour retarder le moment, j’avale mon petit déjeuner bien emmitouflée dans mon couchage. La pluie commence à perler. Plus d’excuses pour repousser l’heure du départ. Il est temps de tout remballer. 

La journée s’annonce difficile. Il est 6H30, quand enfin parés contre le vent glacial et la pluie, nous suivons attentivement les piquets jaunes et rouges au milieu de la neige. La brume dissimule les traces de pas et la direction à prendre. Il n’est pas rare de se perdre sur cette dernière étape. Heureusement la brume se dissipe au fur et à mesure. Nous marchons toujours sous la pluie. Mes gants sont trempés, mes mains gelées, je ne sens plus mes doigts. Le vent violent et la pluie me fouettant de côté, l’eau commence à ruisseler sur ma jambe droite. L’eau a également réussi à s’infiltrer dans mes chaussures. Le mental est là, seuls mes doigts me posent problème. Alors je réfléchis à une solution. J’ôte mes gants mouillés, glisse chacune de mes mains dans une chaussette mérinos et les emballe maladroitement de sacs poubelle. Système D au top. Cela me vaudra quelques regards étonnés, celui des randonneurs que nous croiserons sur le sentier. Peu importe, je revis et je suis capable maintenant de pleinement supporter la rudesse du froid mêlée à la pluie et au vent. Nos derniers kilomètres évoluent tantôt sur la neige tantôt sur un sol boueux et collant, résultat de la fonte de la neige sur un sol glaiseux. Cette dernière journée aux conditions météorologiques désastreuses, nous empêche de profiter pleinement du paysage et me force à laisser mon appareil photo bien au sec dans mon sac. 

La frustration m’envahit. Nous avions intentionnellement décidé de faire ce trek dans ce sens Þórsmörk -Landmanallaugar, certes légèrement plus difficile de part son dénivelé positif, afin de bénéficier à notre arrivée d’un spectacle d’exception. La région du Landmannalaugar est une des plus spectaculaires des Highlands de l’Islande. Son paysage tourmenté par l’activité volcanique, formé de cratères rougeâtres, de montagnes de rhyolite, de vallons et champs de cendre, offre des couleurs digne d’un tableau vivant, variant du noir au jaune pastel en passant par le rouge, le bleu et le vert. Nous en aurons tout de même un léger aperçu entre deux brumes. Les sentiments se bousculent dans ma tête à cet instant, entre déception de ce moment gâché par le temps, frustration de voir cette incroyable aventure se terminer, fierté d’avoir réalisé ce trek en autonomie totale et totale gratitude d’avoir pu me connecter à cette si belle Nature. Mais la déception est de courte durée et vite évincée à la vue de la source chaude. 

Une récompense délicieuse pour nos corps refroidis et fatigués après ces 4 derniers jours et ces 55 kilomètres parcourus. Il faut dire aussi que la douche nous avait un peu manqué. Nous nous sommes prélassés si longtemps dans cette eau à 40°C, que notre peau s’est fripée et que nos forces se sont évaporées. Séchés et rhabillés, nos sacs nous paraissaient terriblement lourds. Heureusement, l’aire de bus ne se trouvait qu’à quelques mètres. Nous avons réchauffé notre dernier repas lyophilisés et nous nous sommes installés, déjà nostalgique de cette aventure, dans le bus nous ramenant à Reykjavík .

Trek réalisé fin juin / débit juillet 2019

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